Lundi 3 mars 2008

        Hervé Prudon, alcoolo-ethnologue, écrivain, fondateur de l'Ecole de Littérature Buissonière, voyageur à la petite semaine ( des quatre jeudi ) donne   quelques renseignements sur la vie quotidienne des Urubus kapoor dans deux de ses ouvrages :

       "A Valence je suis allé voir Serge, dans sa librairie  "Urubu" , il est carreleur le matin et libraire l'après-midi. Il est toujours vêtu de noir, avec un chapeau noir et des dents en or. C'était bien tout ce qui me rapprochait de ma  recherche aurifaire.  Serge prépare une signature  pour le samedi. Celle de Jean Claude Izzo ,  un auteur de Série Noire qui fait un tabac. Serge  ne fait que dans le polar et l'anarchisme. Homme libre,  il a tâté  du trou,  avec Jean Claude, son équipier, un gitan un peu plus alcoolique que lui. Serge est un champion en ce qui concerne l'organisation d'une signature. Il bat le rappel,  achéte un tonneau de crozes-hermitage, prépare une petite fête  dans un restaurant de la campagne avoisinante. Tout le monde s'écroule en fin de soirée. En ce qui concerne Jean Claude le gitan et moi-même, nous avions quelques jours d'avance sur les participants et autres commensaux. Un après-midi, nous avons la garde de la librairie et de Corto , un môme de deux ans, aux cheveux de fille, un  espiègle, voilà que nous perdons l'espiègle ; alors on laise la librairie pour le chercher dans toutes les rues et ruelles de  Valence,  tous les jardins publics, nous inspectons les toboggans et les bacs à sable, interrogeons les balancoires. Le môme dormait dans un coin de la librairie sous une pile de BD érotiques sado-maso. (...) J'ai dormi trois jours chez Serge, dans la Drôme  des Collines, avec un lévrier afghan champion de course et trois chats cartes à puces, dans le lit de la fille cadette. Je m'étais fait voler mon sac ou bien je l'avais perdu ou donné et Serge a été obligé de me ravitailler en vol"

            In "La femme du chercheur d'or" pages 22-23 (Ed. Flammarion 1997).

     
        On retrouve les mêmes protagonistes dans " Les hommes s'en vont " ( Ed. Grasset )  aux pages 171 et suivantes dans le chapitre "Les vautours".

       "Vautours du Monde était une librairie vouée à la littérature noire pourvu qu'elle fût noire, comme un drapeau, libertaire.
       Environ douze mètres carrés, mais je n'ai pas le compas dans l'oeil, heureusement, parce qu'un chef politique corpulent qui a eu le compas dans l(oeil est borgne, depuis, et aveugle, de toute façon. Tout ce chapitre est placé sous ce signe noir.(...)
       Il était déjà midi sans qu'on s'en soit rendu compte. Sergueï le libraire était sérieux, je ne bois pas. Il s'est bourré la tronche. Paco, son acolyte, se posait des questions sur l'alcoolisme et les moyens d'y mettre fin. J'avais toute les réponses.
       Il suffit de vouloir.
       Mais qui veut quelque chose ?
       Nous avons tant de choses et jamais ce qu'il faut.
      (...)
      La boutique était sombre et fraîche, avec quelques bières fraîches, et la sensation d'être mieux qu'ailleurs. On a décortiqué les livres avec Ben, lui avec intérêt et moi avec une sorte de curiosité malsaine, et j'ai retrouvé l'Ile au Trésor. Intacte. La vitre s'est brisée et une bombe a explosé dans la librairie.
      C'était crade. Je m'en fous. Mon petit garçon a une flêche de verre entre les yeux. Je me dis quel miracle, il pourrait être borgne, comme sans doute le salaud qui a commandité cet acte.(...) Ben ça va forcément. Il a sauvé un livre. Les deux amis sont couchés, pas morts. Ils aignent. Ce n'est pas un spectacle. J'ai envie de partir. C'est Ben qui me retient. Ca brûle encore un peu, sur les livres. Je récupère une dent en or de Sergueï, je ne sais pas ce qu'elle fait là, sur un roman d'Harry Crews. Paco dit que c'est une signature. Il rit. 
      (...)
      Titus n'a presque rien. Ben  n'a rien, et rien compris. Moi je ne sais pas. J'ai eu peur. Une fille trés russe me souffle vite à l'oreille que c'est fini, le fascisme passera comme une bombe à la poste, mais mon petit garçon  n'a rien.
 

      Je livre ces éléments à votre sagacité policière et ne mauquerais pas de vous faire parvenir toute autre information pouvant vous aider dans votre enquête.
          
 

      Unami Kiseveudumal


par Les Travailleurs du Noir
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